Aller au contenu principal
Moustique TigreBalagne
Signaler

Ce qui se fait ailleurs

La technique de l'insecte stérile

On élève des moustiques tigres mâles, on les stérilise aux rayons X, et on les relâche par centaines de milliers. Ils s'accouplent avec les femelles sauvages, qui pondent des œufs vides. Six villes françaises l'expérimentent. Aucune n'est en Corse.

Sans insecticideSans OGMUne seule espèce viséeÀ l'échelle d'un quartier, pas d'un jardin

Le principe

Une contraception, pas un poison

Rien n'est pulvérisé, rien ne se dépose sur les plantes ni dans l'eau. La technique se sert de la biologie du moustique contre lui : une femelle de moustique tigre s'accouple très peu de fois dans sa vie. Il suffit que ce soit avec le mauvais mâle.
  1. 1

    On élève

    Des moustiques tigres sont élevés en grand nombre dans une installation dédiée, puis triés pour ne garder que les mâles.

  2. 2

    On stérilise

    Les mâles passent aux rayons X, exactement comme une radiographie médicale. Leurs cellules reproductrices sont abîmées ; l'insecte, lui, reste vif et capable de séduire.

  3. 3

    On relâche

    Chaque semaine, du printemps à l'automne, sur la zone traitée. Terratis annonce environ 3 000 mâles par hectare et par semaine — à peu près 3 mâles pour 10 m².

  4. 4

    Les femelles s'accouplent

    Une femelle de moustique tigre s'accouple très peu. Si c'est avec un mâle stérile, sa ponte est perdue.

  5. 5

    Les œufs sont vides

    Elle pond normalement, mais les œufs ne contiennent aucun embryon. Génération après génération, la population décroît.

Sur le terrain

Ce que ça a donné à Brive-la-Gaillarde

C'est le déploiement français le mieux documenté : le quartier de Thiers, environ 50 hectares, une saison complète. Les chiffres ci-dessous viennent de la presse locale et du service hygiène de la mairie, pas d'une plaquette.

400 000

mâles stériles relâchés par semaine

sur environ 50 hectares

11 M

mâles relâchés sur la saison

cumul au 31 octobre

50 %

d'œufs stériles la première année

sur les œufs récupérés dans les pièges

200 → 30

signalements reçus en mairie

entre 2023 et l'année de l'essai

La ville a reconduit et doublé l'opération la saison suivante, avec 12 millions de mâles. Terratis annonce viser 80 à 90 % de stérilité dès les années suivantes.
Les signalements en mairie mesurent le nombre de gens qui appellent, pas le nombre de moustiques. C'est encourageant. Ce n'est pas une mesure entomologique.

À Montpellier, où l'expérimentation a démarré en août 2025 dans le quartier de Malbosc, l'IRD a compté 40 % d'œufs stériles sur la première saison. Le chercheur Frédéric Simard y voit « 40 % de petites bombes à retardement en moins ».

Les questions qui viennent toujours

Non, ils ne piquent pas. Non, ils ne sont pas radioactifs.

Est-ce que ces moustiques vont me piquer ?
Non. Seules les femelles piquent — elles ont besoin de sang pour produire leurs œufs. Les mâles se nourrissent de nectar et de jus de fruits. On ne relâche que des mâles.
Sont-ils radioactifs ?
Non. Les rayons X traversent l'insecte et abîment ses cellules reproductrices, sans le rendre radioactif — le principe est celui d'une radiographie médicale. Rien n'est émis après le lâcher.
Sont-ils génétiquement modifiés ?
Non. Ce ne sont pas des OGM. Aucun gène n'est introduit : les rayons abîment la reproduction, ils ne réécrivent rien.
Peuvent-ils transmettre la dengue ou le chikungunya ?
Non. La transmission passe obligatoirement par une piqûre, donc par une femelle. Un mâle ne pique pas, il ne transmet rien.
Et l'équilibre écologique ?
Le moustique tigre est une espèce exotique envahissante, introduite par l'homme hors de son aire d'origine. C'est son arrivée qui a modifié l'équilibre local, pas sa réduction. La technique ne vise que lui : ni les abeilles, ni les papillons, ni les autres moustiques.

Ce qu'on ne vous dira pas dans une plaquette

Les limites, en entier

La technique est sérieuse et les résultats sont réels. Elle a aussi des limites documentées, et les passer sous silence serait le meilleur moyen de décevoir tout le monde dans trois ans.

Ce n'est pas une éradication

L'objectif est de faire baisser la densité, pas de faire disparaître l'espèce. La fondatrice de Terratis le dit elle-même : l'éradication n'est plus envisageable.

Un taux de stérilité n'est pas un taux de disparition

À Montpellier, 40 % d'œufs stériles ont été comptés en 2025. Cela veut aussi dire que 60 % des œufs restaient viables.

La technique est jeune

Le directeur de l'IRD à Montpellier compare l'état actuel de la filière à « la version de l'iPhone 1.0 » et parle de vrais défis d'ingénierie. La production française tourne autour de 1,5 million de moustiques par semaine.

Le cadre réglementaire est flou

Un moustique stérile n'est ni un biocide, ni un insecte transgénique. Il n'entre dans aucune case existante, ce qui complique autant l'encadrement que l'investissement.

Moins de moustiques ne veut pas dire moins de maladies

L'ANSES le rappelle : la baisse du nombre de moustiques ne se traduit pas automatiquement par une baisse prouvée des maladies transmises. L'efficacité dépend du moment du lâcher, de la densité de départ et de la surface couverte.

Ça ne remplace pas la suppression des gîtes

C'est la conclusion constante des spécialistes : les lâchers doivent être combinés à la sensibilisation, et l'élimination des eaux stagnantes reste le moyen le plus efficace.

Et chez nous ?

Il n'y a aucun programme de ce type en Corse

Les six villes traitées en France sont toutes continentales : Sainte-Eulalie, La Verpillière, Brive-la-Gaillarde, Montpellier, Mions et Toulouse. En Balagne comme ailleurs sur l'île, la TIS anti-moustique n'existe pas aujourd'hui.

La Corse connaît pourtant la technique

Le projet CeraTIS Corse (2020–2024) a appliqué la technique de l'insecte stérile à la mouche méditerranéenne des fruits, sur 800 hectares d'agrumes et de fruits d'été. Une mouche des fruits, pas un moustique — cela ne crée ni cadre ni budget pour un programme moustique.

Ce que ça coûte

L'ordre de grandeur avancé est d'environ 1 000 € par hectare et par an, en baisse avec la surface et avec les années. Brive, 45 000 habitants, paie autour de 50 000 € par an pour 50 hectares. Ce n'est pas une dépense à l'échelle d'un village.

Qui déciderait

En Corse, la lutte contre les moustiques vecteurs relève de l'ARS et de la Collectivité de Corse. La démoustication dite « de confort » relève, elle, du maire. Un déploiement TIS serait une expérimentation, portée à l'échelle d'une intercommunalité plutôt que d'une commune seule.

Ce que ça change pour vous

Rien, cette saison. Et le voisinage reste décisif.

Un fait résume tout : le moustique tigre ne s'éloigne guère au-delà de 150 mètres de l'endroit où il est né.

C'est ce qui rend la TIS difficile

Il faut des lâchers denses, hebdomadaires et géographiquement précis. Et un quartier traité se fait recoloniser depuis le quartier d'à côté. C'est pour cela que la technique se déploie par zone entière, jamais par maison.

C'est aussi ce qui vous rend efficace

Les moustiques qui vous piquent ce soir sont presque tous nés à moins de 150 mètres de vous. Chez vous, chez vos voisins, dans la ruelle d'à côté. C'est une distance qui se parcourt à pied, et des coupelles qui se vident à la main.

La conclusion des spécialistes est constante : la technique de l'insecte stérile complète la suppression des gîtes larvaires, elle ne la remplace pas. L'élimination des eaux stagnantes reste le moyen le plus efficace.

Sources

D'où viennent ces chiffres

Cette page ne cite aucun chiffre que nous n'avons pas pu rattacher à une source consultable. Plusieurs montants qui circulent au sujet d'autres communes ont été écartés faute de source primaire. Voir aussi Sources & méthodologie.